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Littérature

Une lectrice au bout du chemin

Anna donne de son temps aux Dames de la Résidence des Capucines. Il lui a suffi d’en pousser la porte et, depuis, elle lit aux pensionnaires, chaque samedi, quelques belles pages.

La jeune femme est bénévole. Elle saluait depuis longtemps, de sa terrasse, l’une de ces seniors, aperçues par la fenêtre. Téléphoner. Devenir « volontaire ». Pour toute une population de grands-mères groupées. Seniors, elles le sont depuis longtemps. La plus jeune a soixante dix ans. Ce qui surprend, la porte une fois franchie, excepté le chant des deux perruches ébouriffées dans leur cage, c’est le grand silence qui règne entre les rangs. Toutes semblent posées sur les fauteuils où elles demeurent, pour la plupart, quotidiennement ancrées. Et elles attendent, infiniment.

Le rire Eloigne Alzheimer et Parkison

« Elles ne communiquent pas assez » a déploré la directrice, femme énergique. L’animatrice invoque leur surdité, un repli inéluctable, lié à l’âge. Anna se voit donc confier, à l’heure du goûter « l’Atelier Lecture ». Elle a en bouche les répliques du Bourgeois Gentilhomme dont elle interprète, debout, tous les personnages. La sono grésille et le micro n’est pas à la hauteur mais sa voix est bonne et le plaisir réciproque. Le rire éloigne, pour un temps, les mauvaises compagnes : Alzheimer et Parkinson.

Un homme, André, ancien serveur de restaurant. Lui, apprécie la lecture des récits gourmands de Colette. Encouragée, Anna a dit « nous pourrions écrire une histoire. Par exemple y mettre un tambour. Qui dit tambour dit garde-champêtre. « Avis à la population ! »

Le travail ça conserve

Jacqueline « il faudrait des animaux ! » - Elle apprécie les biographies et son livre de chevet est consacré à Louise de Lavallière. Elle espère bien ne pas atteindre l’âge de Suzanne - « Oui, mais pas d’araignées ni de serpents ! » ajoute cette dernière, quatre-vingt-quatorze ans, qui a posé près d’elle son déambulateur. Très en verve, elle poursuit «le travail, ça conserve. J’ai eu une fille en 1945. Pendant la guerre, nous ne pensions pas à avoir des enfants, nous n’avions rien à manger ! ».

En l’espace de quelques mois, les rangs se sont clairsemés, Jacqueline et Marie-Louise sont parties. Je gage qu’elles ont emporté un peu de la truculence de Nicole qui a, selon M. Jourdain, « le caquet bien affuté pour une paysanne ! »

Jeanine, ancien professeur d’éducation physique, ne marche plus. Mais l’esprit est vif. Grande lectrice, en charge de la bibliothèque, elle souhaite des textes de Camus pour la semaine prochaine. Elle apprécie les haïkus, ces petits poèmes japonais célébrant la nature « Cet automne-ci, pourquoi donc dois-je vieillir, oiseau dans les nuages ? »

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